« …L’environnement constitue un défi européen » explique Daniel Cohn-Bendit, député européen, coprésident du groupe Verts/Alliance libre européenne au journal les Echos (27 mars 2008). « Même s’il existe toujours une tentation de repli national dès que les mesures prises à Bruxelles ne correspondent pas exactement aux intérêts nationaux, toute une série d’étapes ont cependant pu être franchies car en dépit des problèmes posés aux gouvernements, elles étaient justes, comme la directive sur la protection des oiseaux migrateurs dès 1979, puis la directive Natura 2000, comme l’adoption du principe pollueur-payeur puis celle du principe de précaution… »
Ces résolutions ambitieuses ont pour finalité d’assurer l’indépendance énergétique de l’UE notamment face à ses fournisseurs russe, iranien et saoudien d’or noir, mais peuvent aussi ouvrir les portes du marché des nouvelles technologies vertes au vieux continent. « Si l’Union veut organiser et mondialiser le débat climatique, elle doit en être le leader par ses décisions et ses pratiques » continue Daniel Cohn-Bendit. « C’est très important, car elle pourrait ainsi devenir la championne des technologies écologiques, qui sont extrêmement rentables pour notre économie. »
Ecoconditionnalité ?
Première décision : réformer le système communautaire d’échange de quotas d’émission de CO2. Les Etats pourraient financer le soutien aux énergies renouvelables ou la rénovation de constructions anciennes. Après 2012 et la fin des accords de Kyoto, l’attribution des quotas d’émission de gaz à effet de serre par la Commission européenne seront plus stricts. L’objectif est fixé à moins 21% des émissions des industries soumises à ces quotas d’ici 2020 par rapport aux quotas attribués en 2005.
Deuxième objectif : multiplier par deux les investissements dans le secteur des énergies renouvelables. Ces dernières devront, à terme, satisfaire 20% des besoins en énergie au sein de l’UE en 2020 contre seulement 8,5% aujourd’hui. Ce challenge exige des Etats membres un effort gigantesque afin de diversifier leurs sources d’énergie verte : 70% de l’énergie propre provient actuellement de l’hydroélectricité alors que le solaire, l’éolien ou la biomasse sont disponibles. « Il existe un fort consensus dans la société européenne pour aller vers ces énergies vertes, qui sont aussi à terme une garantie pour notre indépendance géopolitique face aux fournisseurs d’énergie fossile » précise Claude Turmes, rapporteur du projet sur les énergies renouvelables au Parlement européen, au quotidien les Echos (27 mars 2007). « Aujourd’hui, 5 pays ont monté des ‘’success stories économiques’’ à partir des énergies renouvelables, l’Allemagne, l’Espagne, la Suède, l’Autriche et le Danemark. Ils montrent l’exemple et prouvent que leur développement peut aussi conférer un nouveau leadership industriel à l’Europe. »
Sans oublier le secteur agricole. Commencée en 2003, une révision en profondeur de la Politique Agricole Commune (PAC). La Commission européenne s’est attaquée au mode d’attribution des aides aux agriculteurs afin de ne plus les pousser à la surproduction. Un nouveau critère, celui de « l’écoconditionnalité » oblige désormais les agriculteurs à respecter des exigences de protection de l’environnement pour bénéficier des soutiens des marchés sous peine de sanctions.
L’Europe atteindra-t-elle enfin son rôle de guerrier vert ? Réponse en 2020 !
Crédit photo: Andy Bahn/SXC
Les entreprises s’y mettent aussi

A travers l’Union européenne, les initiatives privées fleurissent. Poussées par la pression des consommateurs, ces résolutions éco-friendly ne sont bien sûr pas prises par pur altruisme, mais ne dit-on pas que seul le résultat compte ? Voici quelques exemples :
- Depuis 2006, le vendeur de meuble suédois Ikéa a mis en place un service de navette entre le terminus du tramway et son magasin de Strasbourg.
- Certaines assurances accordent des ristournes à leurs clients qui conduisent peu ou détenteurs de véhicules faibles émetteurs de CO2 (GMF, Macif, Maaf…)
- La banque britannique HSBC s’est placée en tête du classement CERES des banques en matière de réchauffement climatique, avec comme collaborateur un ancien de WWF, Francis Sullivan
- La société italienne Benetton soutient un projet de microcrédit au Sénégal en collaboration avec le musicien Youssou N’Dour.
-Johara BOUKABOUS
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Cette enquête effectuée à travers l’Union européenne sur 27 000 personnes souligne l’intérêt croissant des citoyens européens vis-à-vis des questions environnementales. Une « conscientisation » semble s’opérer sur leur vie quotidienne que ce soit dans les domaines de la santé, de l’alimentation, des transports voire même sur l’amplification des catastrophes naturelles telles que les inondations. Ce regain d’intérêt est d’autant plus flagrant par rapport à la dernière enquête effectuée en 2004 sur les derniers pays membres : une augmentation de 20 points notamment pour Chypre, la Hongrie et la Slovénie. La notion de « changement climatique » fait une apparition en force ; 57% des Européens interrogés insistent sur ce problème comme étant l’une de leur préoccupation majeure. Les citoyens d’Europe se retrouvent également derrière la méfiance face aux OGM (Organismes génétiquement modifiés). Les plus modérés sur ce thème sont les Espagnols (31% contre) et les plus hostiles sont Français (70% contre).
L’environnement direct a bien sûr un impact particulier sur les préoccupations des citoyens. On peut noter par exemple l’inquiétude des Pays Baltes concernant des problématiques liées à l’eau et plus spécifiquement la dégradation du milieu aquatique en mer Baltique (64% pour l’Estonie, Lituanie 58%, Lettonie 55%).
90% des Européens pensent que la responsabilité incombe aux plus gros pollueurs mais que parallèlement, 86% d’entre eux pensent jouer également un rôle important dans la protection de l’environnement. A contrario, l’indifférence face aux questions environnementales se marginalise : seul 8% des Roumains et des Autrichiens ayant répondu considère la protection de l’environnement comme peu importante.
De la théorie à la pratique
Comment les Européens concrétisent-ils leur prise de conscience ? On note que les personnes interrogées déclarent avoir effectué en moyenne 2,6 actions individuelles en faveur de la protection de la nature au cours du mois écoulé. Ces gestes écolos regroupent à 59% le tri sélectif, à 47% la réduction de la consommation d’énergie et à 37% la réduction de la consommation d’eau. Cependant ces trois actions peuvent être qualifiées de « passives ». En effet, des systèmes de tri et de recyclage sont bien établis dans de nombreux pays et peuvent même faire l’objet de rétribution financière (en Suède par exemple). L’augmentation des prix de l’énergie (gaz et pétrole) peut être aussi vue comme un frein à la consommation.
L’action la plus citée reste le tri sélectif notamment par 80% des Luxembourgeois et des Français. Les Danois (62%), Bulgares (36%), Maltais (55%) et Roumains (36%) placent en tête la réduction de leur consommation d’énergie alors que les citoyens des Pays Baltes pratiquent plus volontiers l’achat de produits locaux (de 30 à 49%).
Portrait-robot de l’éco-citoyen européen
64% des personnes interrogées se limitent cependant à des actions passives. Les femmes sont, elles, 25% à effectuer quelques actions (contre 20% pour les hommes). Et surprise, la tranche d’âge la plus active (c’est à dire effectuant quelques actions) se situe entre 40 et 54 ans.
L’éco-citoyen le plus actif serait une femme de 25 ans ou plus, ayant effectué de longues études, se situant politiquement à gauche et se déclarant bien informée sur les questions relatives à l’environnement.
Il persiste néanmoins une dichotomie entre la volonté d’agir en faveur de l’environnement et les faits. 75% des personnes interrogées se disent prêtes par exemple à acheter des produits écologiques même s’ils sont onéreux, mais seul 17% ont franchi le pas au cours du mois écoulé. Le plus grand écart entre volonté et achat se retrouve chez les Chypriotes (91% souhaite acheter mais seulement 14% l’ont fait) ; le plus petit écart chez les Danois (86% - 41%). Ces différences sont justifiées par des considérations financières et un manque d’information notamment par le manque de clarté des étiquetages.
Toujours plus de « pollueur = payeur »
37% des Européens se déclarent en faveur de sanctions plus accrues de type amende ; 33% pour une application plus stricte des législations actuelles ; 30% pour une meilleure information et 29% pour des incitations financières. Mais le plus important semble être la nécessité, pour 67% des personnes, que des décisions pro-environnementales soient prises au niveau européen. Le pourcentage grimpe jusqu’à 82% concernant l’harmonisation au niveau européen et 78% d’entre eux soutiennent même l’idée d’une force civile européenne en cas de catastrophe naturelle.
-Johara BOUKABOUS
Crédit photo: Jay Lopez/SXC
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