La Présidence française de l'UE en débat
Par BabelParis le samedi, mai 31 2008, 15:29 - Lien permanent
A l’occasion de la Présidence française de l’UE, les institutions françaises organisent une série de rencontres dans les villes de France, pour recueillir l’opinion des citoyens sur les grands enjeux européens. Afin d’européaniser le débat, cafebabel.com demande leur avis aux Européens. Pour que la Présidence française, soit avant tout européenne.
RDV immédiat : cliquez ici pour embarquer
La première rencontre a eu lieu le 7 mai à Lille. Suivront ensuite
Marseille, Lyon, La Rochelle et Nantes. Tous ces rendez-vous entre le
public et des personnalités, experts, hommes politiques européens, ont
pour objectif de recueillir les réactions et attentes des Européens.
Afin que ces initiatives ne restent pas confinées dans quelques salles
de conférences, cafebabel.com prolonge ces consultations dans toute
l’Europe grâce à ses forums.
Avant chaque rendez-vous, un espace de discussion
sera ouvert sur les thèmes évoqués.
Politique de l’immigration, Europe de la défense, paquet énergie et
climat, venez discuter entre Européens des priorités de la Présidence
française sur les babelforums.
Votre participation ne sera pas sans conséquence car les
meilleures propositions, remarques, interrogations seront compilées et
analysées par nos soins pour être intégrées dans un rapport remis aux
autorités françaises.
Pour ceux qui souhaitent s’engager pleinement dans ce projet, car il
est avant tout participatif, rejoignez l’équipe d’animateurs des
forums.
Renseignez vous en écrivant à l'adresse : forum@cafebabel.com
Les prochains rendez-vous auront lieu à Marseille le 13 juin et Nantes les 10 et 11 octobre
J.S Lefebvre


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Il est bien regrettable que l'Union Européenne ne soit plus l'Europe telle qu'elle a été conçue par Robert Schuman, son Fondateur et Père unique qoique le cntraire soit affirmé à cor et à cri dans toutes les sphères qui dépendent de l'UE.
Ma contribution est l'oeuve de mon ami David Price qui est anglais résidant à Bruxelles, historien diplomé dont le site fort bien documnté est très instructif: http://www.schuman.info
Je ne saurai mieux écrire que le créateur de l'Europe qui voici 61 ans a fait à Strasbourg les propositions suivantes qui sont toujours d'actualité !
Strasbourg May 1949
Robert Schuman
NOS TÂCHES EUROPÉENNES
PALAIS DES FÊTES, LE 16 MAY 1949
Nous tentons une grande expérience, la réalisation d’un rêve qui a hanté les peuples d’Europe depuis 10 siècles: créer entre eux une Organisation mettant un terme à la guerre et garantissant une paix éternelle. L’Eglise romaine du Moyen âge a finalement échoué dans ses tentatives qui étaient ins¬pirées par des préoccupations humaines. Une autre idée, celle d’un empire universel constitué sous l’égide des empereurs allemands, était moins désintéressée; elle reposait déjà sur des prétentions inadmissibles, sur un « Führertum » dont nous avons connu les beautés. Des esprits audacieux comme Dante, Erasme, l’Abbé de St-Pierre, Rousseau, Kant, Proudhon ont échafaudé dans l’abstrait des systèmes aussi ingénieux que généreux. Le titre de l’un de ces systèmes est devenu synonyme de tout ce qui est irréalisable : l’Utopie, géniale par ailleurs, de Thomas Morus, chancelier de Henri VIII, roi d’An¬gleterre.
Son compatriote, mon collègue M. BEVIN, est un homme plus positif et plus prudent. Il a veillé à ce que l’imagination n’ait qu’une part très limitée dans la construction de l’Europe. L’or¬ganisation telle qu’elle est conçue à présent, procède de l’ex¬périence parlementaire, dont elle doit éviter les défauts et les risques. Les débuts sont ainsi caractérisés par une timidité qui sera décevante pour beaucoup. Aussi nous menace-t-on déjà de faire sauter rapidement les barrages prévus dans le statut. On veut notamment rendre l’Assemblée maîtresse de son ordre du jour et de la durée de ses sessions; on veut sur¬tout parvenir à un pouvoir de décision qui s’imposerait aux Gouvernements associés.
Mais, tant que les Etats n’auront pas consenti à renoncer partiellement à leur souveraineté, tant qu’ils ne se soumettront pas volontairement, par un engagement formel, à des décisions internationales, les délibérations de l’Assemblée auront bien, je l’espére au moins, une valeur morale et psycholo¬gique ; elles pourront influer sur les décisions des Gouvernements et des Parlements nationaux, mais elles ne créeront par elles-mêmes ni des droits ni des obligations. Nous n’en sommes qu’aux débuts ; nous ferons bien de calmer nos impatiences, sinon nous risquerons d’effaroucher les méfiants et ce qui serait plus grave, de compromettre non seulement l’expérience, mais l’idée elle-même d’une Europe unie.
En signant le statut du Conseil de l’Europe, j’ai moi-même rappelé que nous n’avons pas encore de l’Europe une défini¬tion reconnue par tous. J’ai cru pouvoir affirmer qu’en jetant les premières bases d’une Organisation, l’Europe commence à se définir elle-même, sans le concours des savants qui, je le crains, ne seront jamais d’accord entre eux.
Paul VALERY a dit, je crois, que l’Europe n’est qu’une pres¬qu’île de l’Asie. Une telle définition serait pour nous occidentaux, non seulement humiliante mais inquiétante, et j’espère bien que M. VYCHINSKI qui aime les citations françaises, n’en tirera pas argument. Je n’ai pas la prétention de tracer la ligne de démarcation géographique entre l’Europe et ce qui n’est pas l’Europe. Il y a une autre limite valable : celle qui distingue ceux qui ont l’esprit européen et ceux qui ne l’ont pas.
L’esprit européen, c’est avoir conscience d’appartenir à une famille culturelle et c’est avoir la volonté de servir cette com¬munauté dans un esprit de solidarité, sans arrière-pensée d’hégémonie ni d’exploitation égoïste. Le 19e siècle a vu s’affirmer les nationalités et l’esprit national, s’opposant aux conceptions féodales. Notre siècle, témoin des catastrophes auxquelles aboutit l’incessant heurt des nationalités et des nationalismes, doit tenter et réussir la réconciliation des nations dans une association supranationale, sauvegardant les particularités et les aspirations nationales, mais les coordonnant comme se sont coordonnées les régions dans l’unité nationale.
Nous avons tous, tels que nous sommes, individus et collec¬tivités, à faire l’apprentissage de l’esprit européen. La France en donne elle-même l’exemple. Son initiative dans la création du Comité de l’Europe a été prépondérante.
C’est ainsi que le choix de Strasbourg est un hommage rendu aux mérites de la France dans cette entreprise de paix et de coopération européenne.
Il me reste à évoquer un prob1ème qui se pose pour les Français, pour les Alsaciens et les Lorrains en particulier. Celui de la place qui sera réservée à 1’Allemagne dans l’organisation européenne. Personne ne peut songer à l’en exclure. Je pense au contraire, qu’il n’y a au problème allemand, si préoccu¬pant pour nous, qu’une seule solution: la solution européenne.
Au lendemain de la premiere guerre mondiale, il n’y avait, dans le domaine de la paix et de la sécurité, que le problème de l’Allemagne.
Nous nous trouvons aujourd’hui devant deux problèmes qui nous préoccupent : le problème allemand et l’énigme russe.
Selon le point de vue que nous adoptons, selon la position géographique qu’on occupe, un des deux problèmes peut masquer l’autre, grossir ou s’amenuiser.
C’est une question d’optique et de perspective. Mais, ce qui importe, c’est le fond des problèmes. Nous reconnaîtrons tout de suite l’interdépendance et l’interférence des deux pro¬blèmes. C’est ce qui fait leur complexité. On ne peut résoudre l’un sans l’autre.
Nous devons trouver pour l’Allemagne une solution va¬lable et acceptable. Sinon elle risque de devenir l’objet moins d’une coupure définitive que d’une compétition aussi dange¬reuse pour son propre état d’esprit que pour la paix de l’Europe.
Ce serait une erreur, erreur impardonnable après l’échec de la politique alliée consécutive à la première guerre mon¬diale, si l’on voulait isoler l’Allemagne, la maintenir indéfini¬ment sous un régime d’interdiction et de contrainte. Nous sa¬vons comment elle a su rapidement s’y dérober. Certes, il faut une période de transition et d’observation, durant laquelle de telles précautions sont nécessaires. Certaines institutions de contrôle, dans la Ruhr ou pour le désarmement, sont prévues pour un temps indéfini. Des interdictions ou limitations con¬tinueront à restreindre la production allemande, dans certains domaines peu nombreux. Il n’est pas question pour nous de renoncer à l’occupation militaire, garante d’un contrôle efficace.
Mais ceci dit, il y aurait danger pour nous à causer du chô¬mage et, par là, à provoquer des poussées nationalistes dans un pays qui doit travailler non seulement pour ses propres besoins, mais pour la reconstruction de l’Europe. Ce qu’il faut, c’est mettre la production allemande au service de la commu¬nauté européenne; c’est encadrer l’Allemagne dans l’ensemble des pays européens et lui réserver une part dans les tâches com¬munes; c’est lui communiquer l’esprit européen, non dans le sens de la domination, mais dans celui d’une coopération pacifique.
C’est encore une expérience que nous tentons. Elle ne nous dispense nullement, je le répète, des mesures de protection et de sécurité compatibles avec le rétablissement d’une vie normale chez nos voisins.
Cette politique, qui se tient éloignée de tout sentimenta¬lisme et de toute passion, qui n’implique ni l’oubli du passé ni l’insouciance pour l’avenir, doit être et demeurer basée à la fois sur la raison et sur l’expérience. Elle déterminera notre at¬titude dans les difficiles négociations des semaines à venir. Je suis convaincu que la population strasbourgeoise le com¬prendra. Elle est trop avertie par ses épreuves, elle a été trop souvent victime d’erreurs passées, pour se fier à des garanties fallacieuses et à des engagements sans sanctions. Elle voudra s’associer à l’inauguration d’une politique nouvelle qui cons¬tituera probablement la suprême tentative de sauver notre continent et de préserver le monde du suicide.