Les énergies renouvelables : entre espoir et contradictions - IIème PARTIE
Les énergies renouvelables, c’est aussi parfois un marché bien éloigné d’engagements philanthropiques ou humanistes voulant préserver la planète terre.
Les entreprises qui s’y livrent concurrence sont là pour faire fructifier leurs investissements dans un contexte mondial morne en raison de la crise financière. Or, les opportunités de développement de ce secteur sont considérables dans les pays industrialisés mais aussi dans les pays émergents comme l’Inde ou la Chine par exemple.Le défi des énergies renouvelables semble de surcroît être en bonne voie si l’on se réfère aux nombreux acteurs économiques, aux moyens industrialo-technologiques et aux procédés de recherche et développement mis en place par tous les pays pour développer ces nouvelles sources d’énergie.
Le système productif utilisé pour remplir ces objectifs est à l’image des autres secteurs industriels. Il est mondialisé sur le plan géographique. C’est d’ailleurs là la principale contradiction des énergies renouvelables. Censées devoir permettre une réduction des émissions de CO2, elles favorisent des déplacements répétés sur plusieurs milliers de kilomètres entre zone de production et de consommation. Or, ces déplacements se font aujourd’hui par des moyens utilisant des énergies fossiles. Le marché des énergies renouvelables, aujourd’hui très concurrentiel, encourage par conséquent indirectement un système productif moteur du réchauffement climatique. Les cellules des panneaux photovoltaïques sont produites majoritairement en Chine et destinées au marché européen ou américain. Ces cellules sont vendues à tour de bras sur les marchés occidentaux, alors que les Chinois ont un marché considérable à développer.
De leur côté, les Européens vont vouloir débiter leurs productions finalisées à Madagascar, en Inde ou au Maghreb, sans pour autant favoriser des transferts technologiques pour que ces pays puissent développer leur propre technologie localement.
Ces différentes tendances illustrent bien le recours à des logiques qui n’ont rien à voir avec les principes de développement durable affichés lors des différents sommets de la terre.
Au-delà de ces paradoxes, les marchés nationaux des Etats européens ont connu des transformations plutôt positives.
En France, la tradition est essentiellement nucléaire avec les plus grandes entreprises mondiales du secteur et une énergie provenant à hauteur de 80% de ce système de production. La construction annoncée d’un nouvel EPR par le Président Sarkozy, mais aussi le poids du lobby nucléaire au sein du monde politique source de richesse pour l’économie française, font figure d’embûche par rapport à l’objectif affiché de 23% en 2010.
Si l’Etat subventionne l’électricité d’origine solaire par exemple, il n’apparaît pas comme le moteur de la croissance verte. Ce sont en fait les 22 régions françaises qui favorisent ce mouvement vers les énergies vertes. Tout d’abord, elles subventionnent les particuliers souhaitant développer des systèmes photovoltaïques dans leurs maisons. En outre, elles ont encouragé l’émergence de réseaux de PME se positionnant sur ce secteur et souhaitant développer à l’échelle nationale et européenne des systèmes innovants en se rapprochant de la recherche.
Ces initiatives sont surtout le fruit de la volonté des régions du sud de la France : Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées. Ces PME ont des logiques locales en matière d’emploi et n’ont rien à voir avec les énormes machines comme EDF ou Areva qui ne sont plus guère territorialisées et dont l’objectif premier est de maximiser les profits de leurs actionnaires.
En Espagne, des projets gigantesques ont vu le jour avec la création, à côté de Séville, de la plus grande centrale solaire en Europe. L’éolien n’est pas en reste avec des créations de centrales sur les plateaux de la Meseta et ailleurs dans le pays. Ce secteur a permis de diversifier l’économie espagnole et de voir l’émergence de grandes entreprises de dimension internationale comme Vestas, spécialiste de l’éolien. Mais à ce jour et comme nous l’avons souligné, le pays traverse une récession brutale et les communautés autonomes ainsi que le gouvernement central doivent faire face à d’autres urgences comme l’effondrement du secteur de la construction et l’endettement des ménages. Les pouvoirs publics ne sont ainsi plus en capacité financière de subventionner les énergies propres comme elles le faisaient encore l’année dernière.
L’Allemagne continue sur sa trajectoire mais les le marché tend à saturer et semble avoir atteint un pic. Le ralentissement des ventes de panneaux solaires atteste de cette stagnation. Ses champions industriels, souvent des grosses PME ou des réseaux de PME présentes à l’international, possèdent toujours des débouchés économiques importants sur des marchés naissants comme la France ou ceux des pays émergents du fait de la qualité de leur production.
La course aux énergies renouvelables s’accompagne donc de contradictions sur la question de la préservation de l’environnement.
Ce point n’inquiète probablement pas beaucoup les grands acteurs français comme EDF ou Areva jadis habitués à développer uniquement l’énergie nucléaire en la vendant comme une énergie propre. C’est d’ailleurs là la seconde contradiction française entre une industrie nucléaire hyper puissante et un discours politique gouvernemental ayant parfois des accents écologiques.
Notons enfin que ce secteur et celui de l’environnement en général sont aujourd’hui le seul salut d’un capitalisme financier à bout de souffle. Les Etats-Unis et la plupart des pays industrialisés l’ont d’ailleurs bien compris. Mais en reprenant parfois des recettes qui ont montré leurs limites, on peut s’interroger sur la possibilité de ce système à répondre durablement aux besoins de développement des populations au nord comme au sud.
Marc Terrisse
PAC : la reine encaisse l’argent
Stratégie de Lisbonne : la position de l’Europe dans le monde
Pourquoi les pays de l’Est souffrent-ils ?
PAC : l’indépendance est dans le pré
Claude Turmes : « Si ça continue, l’Europe perdra la bataille verte »
L’avenir de l’énergie en Europe


Commentaires
Dire que l'objectif premier d'EDF et d'Areva est de maximiser les profits de leurs actionnaires (et d'autres fariboles de la même veine) fait sans doute bien dans la perspective du "Grand Soir" que certains continuent à appeler de leurs voeux, champions qu'ils sont du "rien compris, rien appris". Il n'empêche que ce genre de sottises idéologiques ne fait en rien progresser le débat. Et élude les vrais questions. Par exemple celle de la nécessaire complémentarité de l'énergie nucléaire et des énergies renouvelables.
La question ne serait-elle pas plutôt de savoir si les ENR et le nucléaire peuvent être compatibles ?
Elles peuvent toujours être complémentaires dans la mesure où on choisit de laisser aux ENR une place marginale dans ce qu'il est convenu d'appeler le « bouquet énergétique « .
C'est la politique qui a été choisie jusqu'à maintenant et qui semble devoir se poursuivre et se renforcer.
Les incantations au développement des renouvelables n'y change rien. Elles ne servent qu'à tenter de masquer à l'opinion que notre politique énergétique est conçue uniquement du point de vue de l'offre.
Produire toujours plus et accompagner systématiquement les scénarios tendanciels à la hausse en refusant toute action d'envergure sur la demande et l'efficacité.
Favoriser la demande pour justifier la relance du nucléaire.
Il ne suffit pas de mettre quelques éoliennes dans le paysage pour faire joli ou mettre en colère quelques riverains manipulés plus ou moins par d'anciens cadres de la Cogéma ou du CEA.
Cela fait peut-être du spectacle mais ça ne fait pas une politique énergétique.
Quant à l'idéologie supposée des antinucléaires...!
Vous faîtes dire au texte ce qui n'y figure pas :
Il n'y est pas question des actionnaires d'EDF ou d'AREVA, mais seulement du capitalisme en général lié à la crise actuelle et comment articuler crise économique et crise écologique.
En matière d'aveuglement idéologique, les zélateurs de l'atome n'ont probablement rien à envier aux écologistes et votre commentaire en est une bonne illustration.
Commencer par dénigrer ses contradicteurs et les traiter d'imbéciles, ce n'est pas la meilleure manière d'engager un débat. Ce commentaire est une porte fermée avec la brutalité de l'arrogance, assez dans le style de notre président de la République, VRP du nucléaire devant l'Eternel.
Avant de savoir si le nucléaire et les énergies renouvelables peuvent être « complémentaires », je m'interrogerais de savoir si le nucléaire et le débat sont compatibles, si le nucléaire est compatible avec la démocratie.
Mais peut-être que de votre point de vue, la démocratie n'est que le cache-sexe d'idéologues fumeux et obscurantistes adeptes du « Grand Soir ».
Mon intervention se situe au niveau des énergies.Et pour moi,l'homme gagnerait à privilégier la vie des générations à venir que leurs intérets égoistes ,immédiatiat et passagers.l'utilisation des énergies fossiles doit etre reduite de plus de la moitié et cette réduction sera remplacer par la consommation des énergies renouvellables.Cela exige donc une sensibilisation au plan mondial afin que soit combattue l'usage à grande échelle des énergies fossiles.