Sous le quai de Jemmapes, la bataille

Dans certains canards français, on parle souvent des noms de rue qui se rappellent douloureusement à notre mémoire collective, pour lesquels des rubriques "Débaptisons-les" leur consacrent une pendaison littéraire ! De mon côté, j'ai décidé de reprendre le même concept, mais pour expliquer l'histoire de Paris. Quand on y songe, chaque rue a une histoire, et c'est d'autant plus vrai à Paris, où le positionnement de rue, d'avenue, de station de métro, de place, n'est pas dû au hasard, mais illustre les divisons qui ont jadis (et encore un peu aujourd'hui) marqué la société française.
Plus que la division rive gauche/rive droite que nous laisserons aux existentialistes en retard, je suis plus sensible à la division ouest/est, qui marque la bonne vieille fracture droite/gauche française! A l'est de Paris, on retrouve la place de la République, de la Bastille, de la Nation, qui rappelle les maîtres mots de l'histoire mouvementée de l'édification de la République française. Et si l'on continue, on est proche des stations Jaurès, Bolivar, Stalingrad, Colonel Fabien qui font appel à la mémoire plus militante voire communiste !
A l'Ouest de Paris, on retrouve les stations Opéra, Saint Augustin, Porte d'Auteuil, Invalides, Varennes, Champ-Elysées Clemenceau, Les Tuileries, Place Vendôme, Ségur… qui font appel à la mémoire monarchiste, bonapartiste, ou simplement bourgeoise. Pour ma part, je me suis attardé sur le quai de Jemmapes, qui se situe dans le Xème arrondissement. Si ce terme se rapporte bien entendu à l'histoire de France, il concerne directement et également l'histoire tumultueuse de la Belgique une fois !
Revenons au 6 novembre 1792, lorsque 40 000 hommes viennent de se rallier aux idées révolutionnaires. En gagnant une dure bataille contre l'armée autrichienne, les volontaires wallons républicains ont remporté la première victoire de la république, après celle de Valmy ! Cette victoire de Jemmapes permet la libération des anciennes Provinces-unies sous domination autrichienne, et l'ensemble du territoire passe sous contrôle français, c'est le début des républiques sœurs ! C'est suite à cette victoire que le département de Jemmapes est créé et que les idées révolutionnaires se diffusent sur ce territoire.
Cette bataille aurait pu sombrer dans l'oubli sans l'intervention d'un bourgeois humaniste du nom de Jules Destrée, converti au socialisme à la suite de la répression du mouvement ouvrier en Belgique. Il inaugure sur le site de la bataille un petit monument étoffé d'un coq gaulois qui rappelle l'ancienne présence des maudits français ! Cette drôle de colonne prend une toute autre tournure, lorsque M. Destrée évoque le sort fait à la Wallonie à ce moment-là, accusant ce côté-ci de la Belgique d'être sous la coupe de leur voisin flamands : "nous sommes des vaincus, et des vaincus gouvernés contre notre mentalité" jugeant la mentalité flamande de réactionnaire.
Aujourd'hui encore, pour les historiens en herbe belges, Jemmapes est devenu un symbole de l'identité wallonne. Comme l'a écrit la politologue Anny Dauw "il ne peut être question d'une identité culturelle de type ethnique où l'accent serait mis soit sur une histoire commune, soit sur une langue commune soit encore sur un caractère commun. Il s'agit d'une véritable identité culturelle où l'accent est mis sur "une volonté" des personnes. Car ce qui est important dans la tradition française, ce n'est pas ce que les gens sont, mais ce qu'ils veulent".
Peut-être que derrière l'inextricable problème belge, se cache un peu de mémoire qui pour le coup n'est pas collective, et c'est peut-être pour ça que les belges n'arrivent pas ou plus à s'entendre. Bien sûr nous souhaitons tous la stabilité du royaume belge, mais ce petit exemple que j'ai découvert par hasard pourrait être un tout petit élément explicatif du spectacle édifiant que les autorités belges nous donnent en ce moment, illustrant le fossé grandissant de deux mentalités qui n'arrivent plus à se comprendre.
A bientôt pour de nouvelles aventures. Au sommaire du prochain épisode, je compte vous faire part de mes pensées cinglantes sur la rue Joseph de Maistre. Ça va saigner !
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Commentaires
Jemmapes ne s'appelle plus comme ça mais bien Jemappes(http://en.wikipedia.org/wiki/Battle...), tout comme Paris ne s'appelle plus Lutèce. Malheureusement, vous n'avez pas mis les pieds sur le site que vous citez, car le quartier du Coq est depuis les années 80 symbole de pauvreté, injustice sociale et drogue, les trois piliers (sans mentionner chômage et alcoolisme, cela va de soi...) de la société boraine. Que la France vive dans un passé auréolé de gloire républicaine pour éviter de remettre en question son système dépassé et sa bureaucratie antédiluvienne ne regarde que ses dirigeants impuissants et ses citoyens désabusés. De là à juger à la hussarde les Flamands, souverains en leur Flandre, il n'y a qu'un pas qu'un colonialisme puant vous a fait sauter allègrement. Si les Flamands revendiquent le droit d'être maître chez eux, et de diriger le pays de la façon qui correspond le mieux à leurs intérêts, c'est parce qu'ils ont battu les francophones wallons à leur propre jeu. En effet, les Flamands ont tôt compris que le bilinguisme était la clé qui leur permettrait de détenir le pouvoir en accédant à tous les postes clés de la société belge, n'en déplaise aux paresseux latins du sud du pays. Alors, Jemappes symbole de l'identité wallone? du côté obscur de la Wallonie, certes, mais les Belges du sud, tout fiers de leur francophilie, payent maintenant les décisions des socialistes, dont Mr Destrée fût l'un des plus illustres représentants, et les erreurs accumulées depuis la fin du XIXème siècle. La Flandre a compris que regarder vers l'avant permet de tirer un pays vers la haut. Les Wallons d'hier, comme les Français d'aujourd'hui, regardent leur passé en rêvant de leur grandeur perdue pendant que le reste du monde les dépasse. Il n'y a qu'en France que Napoléon ne soit pas considéré comme un bourreau sanguinaire et cupide. L'histoire finit par punir ceux qui arrivent en retard, aurait dit Gorbatchev à un Honecker qui n'avait pas compris que le changement devenait inéluctable...
Ok pour Jemappes, sinon je trouve ton commentaire un peu trop excessif. c'est sur que l'auteur de l'article n'a pas dû se rendre sur les lieux, mais je vois pas du tout le colonialisme puant dans son article, mais surtout un peu d'ironie en parodiant une certaine fougue républicaine. et puis c'est une façon comme une autre de rappeler que la mémoire joue un rôle inconscient mais bien présent dans tous les déboires que connaît la Belgique, et la bataille de jemappes que je ne connaissais pas auparavant y participe certainement. Par contre OK pour Napoléon, qui était un impérialiste sanguinaire et mégalomane, ce que les français ont tendance à oublier. donc, un article sans grand talent certes, mais qui a le mérite de fouiller un peu dans l'histoire et dans la mémoire belge, voilà tout...
Salut ! j'aime bien la première réponse, elle est assez cocasse ! Évidemment que l'auteur n'a pas mis les pieds là-bas, il cherche juste à donner du sens aux noms des rues qui se trouvent dans Paris. et si la wallonie se galère en ce moment, c'est pas à cause de l'impérialisme français, c'est en partie due, et ça tout le monde le sait, à la mort de l'industrie minière, comme dans le Nord de la France et non pas au socialisme !!! et arrête avec tes préjugés wallons = feignants et Flamands n'est pas = à "maître chez eux". Qu'est ce que c'est que cette rhétorique puante ?
et vive les belges, "le peuple le plus brave de la Gaule" ( Julius César).